Élevage Caprin

Maladies des chèvres : reconnaître, soigner, prévenir

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Maladies des chèvres : reconnaître, soigner, prévenir

Une chèvre malade cesse de ruminer, s’isole du troupeau et laisse tomber ses oreilles bien avant qu’un symptôme spectaculaire apparaisse. Les pathologies caprines se rangent en quatre familles : virales, bactériennes, parasitaires et digestives. Les repérer se joue à l’œil, tous les jours, pendant la distribution du foin.

Repérer une chèvre malade avant les gros symptômes

La chèvre masque la douleur. Comme toute proie, elle donne le change tant qu’elle tient debout, et l’éleveur découvre parfois le problème avec deux jours de retard. Le moment de la distribution du fourrage reste le meilleur poste d’observation : une bête qui ne se lève pas pour manger a déjà quelque chose.

Les signaux d’alerte précoces se lisent sans matériel :

  • La rumination s’arrête ou ralentit nettement, flanc gauche mou au toucher
  • Les oreilles tombent, le dos se voûte, l’animal reste debout tête basse
  • Le poil devient piqué, terne, hérissé sur le garrot
  • L’animal boude l’auge alors que le reste du lot se bouscule
  • La production laitière décroche du jour au lendemain
  • La chèvre s’écarte du troupeau et cherche un coin sombre

Les constantes à prendre avant d’appeler le vétérinaire

Un thermomètre et une montre valent mieux qu’une intuition. Les tables de constantes physiologiques des ruminants, enseignées dans les écoles vétérinaires françaises, situent la température rectale de la chèvre entre 38,5 et 39,5 °C, la fréquence cardiaque entre 75 et 100 battements par minute et la fréquence respiratoire entre 15 et 28 mouvements par minute.

Au-dessus de 40 °C, la fièvre oriente vers une infection. En dessous de 38 °C, l’hypothermie constitue une urgence vitale, surtout chez un chevreau des premiers jours. Un chiffre isolé ne diagnostique rien : la température monte aussi par forte chaleur estivale. Notez-la, notez l’heure, et transmettez la série au vétérinaire plutôt qu’une valeur unique.

Éleveur de dos qui observe un troupeau de chèvres blanches couchées sur une litière de paille propre dans une chèvrerie, lumière rasante du matin par une porte ouverte

Le CAEV, le virus qui dort dans presque tous les cheptels

L’arthrite encéphalite caprine virale mérite sa place en tête de liste. Les Groupements de défense sanitaire estiment que 95 % des troupeaux caprins français hébergent le virus, avec près de la moitié des animaux infectés à l’intérieur d’un cheptel positif, et des signes cliniques déclarés par environ 30 % seulement des porteurs (fiche technique CAEV, GDS de la Sarthe). Un troupeau contaminé peut donc paraître sain pendant des années.

L’Anses classe le CAEV parmi les lentivirus, cousins éloignés du virus du sida, et confirme l’absence totale de vaccin comme de traitement curatif. La maîtrise passe entièrement par la conduite d’élevage.

Quatre formes cliniques dominent :

  • L’arthrite chronique, la fameuse maladie des gros genoux, de la simple raideur au coucher permanent
  • La mammite indurée, mamelle dure comme du bois, sans que l’aspect du lait change
  • La pneumonie chronique chez l’adulte, toux sèche et amaigrissement
  • La paralysie ascendante du chevreau, forme nerveuse rare mais fatale

Les pertes laitières vont de 20 à 150 litres par lactation selon la gravité des arthrites (GDS de la Sarthe). Le virus circule par le colostrum et le lait, par contact prolongé, et pendant la traite lorsque de l’air entre dans les manchons.

La riposte tient en quatre gestes : séparer le chevreau de sa mère dès la naissance, pratiquer la thermolyse du colostrum à 56 °C pendant une heure au bain-marie, passer au lait artificiel dès le deuxième jour, et dépister par sérologie tous les animaux de plus de six mois. À la traite, les négatifs passent en premier. Une routine de traite rigoureuse fait autant pour le sanitaire que pour la qualité du lait.

Paratuberculose et fièvre Q : les bactéries qui s’installent

La paratuberculose, la maladie qui vide l’animal

Mycobacterium avium paratuberculosis attaque l’intestin. La chèvre maigrit à vue d’œil, garde son appétit, chute en production, puis part en diarrhée terminale. Le tableau est brutal : selon la journée régionale caprine des Pays de la Loire animée par les GDS de la Sarthe et de Loire-Atlantique, rapportée par Réussir La Chèvre en 2021, les chèvres meurent au bout de trois semaines seulement après l’arrêt de la production laitière.

La bactérie survit jusqu’à un an dans le fumier (même source). Cette persistance explique tout : un bâtiment mal curé recontamine les jeunes générations chaque année. La vaccination des chevrettes entre trois semaines et un mois d’âge existe sous autorisation temporaire d’utilisation, avec l’accord du vétérinaire et du GDS.

La fièvre Q, une zoonose qui voyage dans la poussière

Coxiella burnetii provoque des avortements de fin de gestation et la naissance de chevreaux chétifs. La bactérie résiste au dessèchement et se disperse par voie aérienne, portée par les poussières de litière et les particules de fumier. Elle contamine l’humain, avec un syndrome grippal prolongé et des formes graves chez les personnes fragiles.

Les mesures recommandées par les GDS visent la poussière plutôt que l’animal : bâcher le fumier ou le stocker à l’abri du vent, épandre par temps calme et humide, enfouir immédiatement. Écartez les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées de la chèvrerie pendant la période des mises bas, moment où l’excrétion bactérienne culmine. Trois avortements en une semaine déclenchent l’appel obligatoire au vétérinaire.

Strongles et coccidies : le parasitisme, premier poste de pertes invisibles

Les strongles gastro-intestinaux se ramassent à l’herbe. Larves ingérées au pâturage, installation dans la caillette et l’intestin, puis anémie, muqueuses pâles, diarrhée, croissance en berne. La chèvre développe une immunité bien plus faible que la brebis contre ces parasites, ce qui la rend vulnérable toute sa vie.

Le vrai sujet aujourd’hui n’est plus le parasite : c’est la résistance aux traitements. Carine Paraud, parasitologue à l’Anses, rappelait en 2022 dans Réussir La Chèvre que la résistance des strongles aux anthelminthiques reste quasi irréversible, même après l’arrêt de la molécule concernée. Une fois la résistance installée dans un troupeau, elle y reste.

Quatre pratiques la freinent :

  • Traiter après une coproscopie, jamais au calendrier ni par réflexe de saison
  • Doser au poids réel de la chèvre, le sous-dosage sélectionne les parasites résistants
  • Préserver une population refuge en laissant volontairement des animaux non traités
  • Mettre les animaux achetés en quarantaine avec traitement avant l’entrée au troupeau

Prairie de pâturage avec des chèvres de dos qui broutent une herbe rase, clôture en piquets de bois et haie bocagère, lumière douce de fin de journée

La coccidiose, la maladie des chevreaux

Les coccidies frappent les jeunes. Les premiers symptômes apparaissent dès 18 jours, le plus souvent vers un mois d’âge selon les Groupements de défense sanitaire : diarrhée noirâtre parfois sanglante, lots hétérogènes, retard de croissance, anémie. Les survivants gardent souvent un handicap de développement qui pénalise leur future carrière laitière.

La litière est le champ de bataille. Paillage abondant et sec, densité raisonnable, abreuvoirs surélevés hors de portée des souillures, nettoyage des cases entre deux lots. Un chevreau qui boit dans une eau contaminée par les crottes reprend le cycle parasitaire à zéro.

Entérotoxémie et acidose : quand la panse décroche

Clostridium perfringens de type D vit normalement dans l’intestin. Un excès brutal de concentrés, une sortie sur une prairie jeune ou un changement de ration lui offrent le substrat pour proliférer et produire ses toxines. La forme aiguë de l’entérotoxémie tue en deux à quatre jours après une diarrhée très liquide, avec douleur abdominale et déshydratation (La Semaine Vétérinaire, 2012). La forme suraiguë, elle, ne laisse parfois qu’un cadavre au matin.

L’acidose ruminale relève de la même logique alimentaire : trop d’amidon, effondrement du pH du rumen, arrêt de la rumination, bouses grises et molles, chèvre qui grince des dents. Le remède est en amont, dans l’auge. Des transitions alimentaires étalées, des fibres longues distribuées avant les concentrés et une ration équilibrée préviennent la quasi-totalité de ces accidents.

La vaccination complète le dispositif. D’après le protocole diffusé par l’OMACAP en 2022, le rappel intervient trois à six semaines après la primovaccination, et la dernière dose des chèvres gestantes se place deux à trois semaines avant la mise bas, ce qui charge le colostrum en anticorps. Les chevreaux se vaccinent dès quatre semaines d’âge.

Mammites, boiteries, ecthyma : les maux du quotidien

La mammite clinique se voit : mamelle chaude, dure, lait grumeleux ou coloré, fièvre. La mammite subclinique, elle, ne se voit pas et coûte plus cher, car elle ronge la production et remonte le taux cellulaire du lait livré. Un contrôle laitier régulier et une hygiène de traite sans faille restent les deux seuls garde-fous.

Les boiteries viennent presque toujours du sol. Litière humide, aire d’exercice boueuse, onglons trop longs qui retiennent la terre : le pied se macère, le fourchet s’installe. Un parage deux fois par an, un couloir sec et une litière renouvelée coupent le problème à la racine.

L’ecthyma contagieux mérite une mention à part. Ce virus dessine des croûtes épaisses sur les lèvres et les naseaux des chevreaux, gêne la tétée, et se transmet à l’humain par simple contact avec les lésions. Manipulez les animaux atteints avec des gants, sans exception.

Avortements : la déclaration n’est pas une option

Le recours au vétérinaire devient obligatoire dès trois avortements constatés en une semaine, rappelle GDS France. Cette règle n’est pas une formalité administrative : elle constitue le filet de sécurité national contre la brucellose.

Le ministère de l’Agriculture rappelle que la France détient le statut officiellement indemne de brucellose pour les ovins et les caprins, et que sa surveillance repose précisément sur la déclaration des avortements, organisée par l’arrêté du 6 avril 2016. Chaque série abortive non déclarée ouvre une brèche dans ce dispositif.

En pratique : isolez la chèvre qui a avorté, conservez l’avorton et les enveloppes fœtales au frais dans un sac fermé, portez des gants pour toute manipulation, appelez. Les prélèvements chercheront la brucellose, mais aussi la fièvre Q, la chlamydiose et la toxoplasmose, qui expliquent la majorité des séries abortives réelles.

Mains gantées d’un éleveur qui préparent une seringue vétérinaire sur un plan de travail en inox, arrière-plan flou de paille

Le sanitaire se joue avant la maladie

Un troupeau sain n’est pas un troupeau bien soigné : c’est un troupeau peu exposé. Trois leviers pèsent plus que tout le reste.

La quarantaine d’abord. Toute chèvre achetée passe six semaines à l’écart, avec sérologie CAEV, coproscopie et traitement avant de rejoindre le lot. La majorité des introductions de pathogènes dans un cheptel arrive par un animal acheté sans dépistage, séduisant sur le papier et porteur sain dans la réalité.

Le bâtiment ensuite. Les GDS recommandent une désinfection complète de la chèvrerie au moins une fois par an, matériel d’allaitement, abreuvoirs et matériel de soin compris. Visez une ventilation qui renouvelle l’air sans créer de courant sur les animaux couchés, une litière sèche et une densité qui laisse chaque chèvre s’éloigner de ses voisines. Ces paramètres se décident à la conception de la chèvrerie, et se corrigent difficilement ensuite.

L’observation enfin. Un registre d’élevage tenu à jour, avec dates, traitements et incidents, transforme une impression vague en donnée exploitable par le vétérinaire. Cette exigence de traçabilité se double d’un cahier des charges plus strict encore en élevage caprin biologique, où le recours aux traitements allopathiques est plafonné.

Prochaine étape concrète : une coproscopie de lot avant la prochaine mise à l’herbe, une sérologie CAEV sur les animaux de plus de six mois, et le curage complet du bâtiment pendant la période de tarissement. Trois actions, un carnet, et le troupeau change de trajectoire sanitaire en une saison.